Il faut rappeler aux nations croissantes qu'il n'y a point d'arbre dans la nature qui, placé dans les meilleures conditions de lumière, de sol et de terrain, puisse grandir et s'élargir indéfiniment.
Paul Valéry

Le gouvernement du Québec a tellement tout donné

Le parc de la Forêt Ouareau est un splendide territoire situé au nord de Chertsey, qui chevauche la rivière Ouareau, au sud du lac du même nom, dans la région de Saint-Donat.

Le gouvernement du Québec a tellement tout donné la forêt aux compagnies forestières, il y a 20 ans, qu'il n'y a plus moyen aujourd'hui de créer un parc régional sans voir un jour les bûcherons y débarquer et changer le paysage.

Les municipalités qui créent des parcs régionaux devraient-elles avoir le droit d’interdire les coupes forestières ?

Des utilisateurs de la Forêt Ouareau, un vaste parc régional créé en 2003 au sud du lac Ouareau et traversé par la rivière aussi du même nom, dans la région de Saint-Donat, l'ont constaté à leurs dépens récemment.

Ceux-ci y vont pour faire de la randonnée, du ski de fond, de la raquette, de l'escalade, du camping, du kayak ou tout simplement pour admirer la nature sauvage.

«Que s'est-il passé? C'est l'enfer!», commente un simple amateur de randonnée pédestre de la région de Montréal, Jean-François Viens, qui fréquente l'endroit depuis des années et qui a communiqué son désarroi et des photos au Journal de Montréal.

Ce parc a cinq fois la superficie du parc Orford (140 km2). Mais comme il s'agit d'un parc régional, il n'a pas le statut de conservation d'un parc comme celui du Mont-Tremblant, par exemple, et les forestiers peuvent donc s'y approvisionner sans problème.

Des coupes sélectives
La scierie Jean-Riopel, de Chertsey, vient d'y faire une récolte de bois qui ne passe pas inaperçue, même si tout semble avoir été fait selon les normes et après consultation auprès des intervenants locaux.

Ces coupes de bois dites «sélectives» n'ont rien des coupes à blanc sauvages, car elles consistent à prélever des arbres un à un et à en laisser d'autres debout juste à côté.

Cependant, elles dénaturent quand même cette forêt à peu près vierge, une des rares situées à seulement 75 minutes de Montréal.

Droits de coupe
La scierie Jean-Riopel s'est vu octroyer ces droits de coupe (CAAF) en 1990 par le ministère des Ressources naturelles du Québec.

À cette époque, toutes les forêts de la province avaient été partagées ainsi entre les différentes compagnies forestières par le gouvernement libéral.

Ce qui a suivi, et surtout la manière dont l'exploitation de la res-source a été menée et encadrée par le gouvernement, avait inspiré le film L'erreur boréale, un documentaire lapidaire de l'artiste Richard Desjardins.

Dix ans plus tard, ce sont ces fameux CAAF tant décriés par Desjardins qui per mettent aux compagnies forestières de couper des arbres un peu partout, y compris dans des parcs régionaux comme celui de la Forêt Ouareau.

Auteur de l'article : Dany Doucet

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